Communiqué

Il y a sept ans, la communauté des Chanoines Prémontrés de l’abbaye Notre-Dame de Leffe a répondu favorablement à la demande de l’Eglise de Bruxelles d’envoyer quelques-uns de ses membres à la Cambre. C’était une façon de réinstaurer une vie religieuse régulière dans ce site incomparable. C’était aussi une façon originale d’inscrire cette église dans la dynamique de l’Unité pastorale de Ste Croix, avec ses autres clochers : Ste Croix, S. Boniface et S. Adrien.

Les PP. Hugues Bada et Tanguy Rivière sont venus vivre et prier à la cure de l’abbaye et ont animé avec beaucoup de cœur la pastorale locale. Les célébrations ont attiré de plus en plus de personnes.

Il était cependant devenu de plus en plus difficile, vu les défis pastoraux de l’Eglise de Bruxelles d’une part, et les enjeux propres à l’abbaye de Leffe d’autre part, de maintenir telle quelle cette présence.

Un discernement a été opéré avec les principales personnes concernées. Les questions ont été conjointement examinées de près. Au terme de ce processus, c’est avec infiniment de peine et de regret que tant l’abbaye de Leffe que l’Eglise de Bruxelles ont conclu que la collaboration entre elles, telle que mise en œuvre depuis sept ans, ne pouvait se poursuivre. Des aménagements, des délais, des alternatives ont bien sûr été envisagés, mais ils ne semblent hélas pas réalistes.

Les PP. Prémontrés de Leffe quitteront donc la Cambre vers la fin de l’été. Nous savons combien ce départ suscitera de l’émoi et de la tristesse. Mais nous vous invitons surtout à rendre grâce pour tous les fruits reçus de Dieu et partagés ensemble.

Les signataires de cette lettre se confient à votre prière. Il n’est pas facile d’exercer une responsabilité dans l’Eglise en ces temps exigeants. Nous avons d’autant plus besoin de votre soutien et de votre collaboration. Que le Seigneur nous guide et nous accompagne.

Pour l’abbaye de Leffe, Benoît Carniaux O. Praem., P. Abbé
Pour le vicariat de Bruxelles, Jean Kockerols, Évêque auxiliaire

La communauté

P. Hugues

Né en 1960 à Verviers, le P. Hugues est le prieur de la communauté. Entré à l’âge de 21 ans à l’Abbaye Notre-Dame de Leffe, il a étudié la liturgie à l’Institut Pontifical de Liturgie à Rome.

P. Tanguy

Né en 1980 dans le Hainaut, le P. Tanguy fait profession solennelle à l’Abbaye de Leffe en 2011 et est ordonné prêtre deux ans plus tard. Il est aumônier des Petits Chanteurs de Belgique et de l’Ordre de Malte, Conseiller Religieux des Guides et Scouts d’Europe de La Cambre ; il est aussi présent auprès des plus démunis à La Fontaine, au cœur des Marolles.

Messe d’adieu

Monition d’ouverture

Il y a sept ans, nous arrivions parmi vous, craintifs et tout tremblants (pour reprendre la parole de saint Paul). Et voilà qu’il nous faut déjà repartir…

​C’est un jour de joie, parce que c’est dimanche, le jour où nous célébrons le Christ, vainqueur du péché et de la mort. Et donc, comme nous l’avons fait ensemble tout au long de ces années, nous voulons rendre grâce pour la vie qu’il nous offre, pour cet avenir, toujours nouveau, qu’il a ouvert devant chacun de nous par sa résurrection.

​Aujourd’hui aussi, nous voulons tout particulièrement rendre grâce pour tout ce que nous avons reçu et partagé, construit et réalisé, cherché et désiré ensemble durant ces sept, trop courtes, années.

​Mais notre joie, cette joie qui vient du Christ et que nul ne peut nous ravir, est ce matin également baignée de larmes, extérieures et intérieures. La croix qui nous sauve, nous la portons dans nos cœurs et elle transperce, d’une manière ou d’une autre, notre vie. Les incompréhensions, les contradictions, les oppositions, la trahison, les humiliations et le rejet n’ont pas manqué. Ils signent l’authenticité d’une vie d’apôtre. Pourtant, au-delà des épreuves, c’est la tristesse de la séparation qui afflige notre cœur. Pour la plupart, vous nous êtes devenus tellement chers. Par la grâce du Christ, vous êtes entrés dans notre cœur.

​C’est lui, Jésus, le Christ, qui fonde et donne sens à cette communion qui nous rassemblera de nouveau, là où rien ni personne ne pourra jamais plus nous séparer, parce que le mystère que nous célébrons sera pleinement réalisé : nous serons alors un seul cœur, un seul esprit, une seule âme, une seule chair, un seul corps, dans le Christ qui s’offrira encore à son Père, en récapitulant en lui tous les êtres et toute chose.

​Remplis donc de reconnaissance, en chassant résolument toute colère et toute amertume, invoquons la miséricorde et la tendresse de celui qui pardonne nos péchés (qui eux non plus, n’ont pas manqué), pour nous rendre participants de sa gloire.

Homélie

Partir et venir. Il faut que le Fils de l’homme parte. Il doit partir de Jérusalem. Il entame son exode, mais c’est pour venir, pour revenir dans la gloire et prendre avec lui tous ceux qui l’auront cherché. La vie du Fils de l’homme est comme notre vie, ou plutôt notre vie est comme celle du Fils de l’homme : il nous faut partir, toujours, ne pas nous installer, être sur la route. Il nous faut partir comme le Fils de l’homme a quitté sa condition de Dieu pour devenir homme, puis sa condition d’homme pour retourner à Dieu. Il nous faut partir, mais c’est pour revenir. Nous partons en semant dans les larmes, nous revenons en moissonnant dans l’allégresse, comme le dit le psaume.

Partir et venir. Jésus parle évidemment de sa passion, de l’exode qui lui fera quitter la vie pour traverser la mort et retourner dans la vie du Père. Jésus insiste auprès des apôtres et des disciples qui reconnaissent en lui le Messie. Pierre ne l’a-t-il pas confessé ? Et là ce n’était pas la pensée des hommes, c’était Dieu lui-même qui lui soufflait au cœur de reconnaitre le Fils du Dieu vivant, le Messie, celui qui vient pour sauver. Mais Pierre ne comprend pas que ce Messie n’est pas un messie à la façon des hommes : ce n’est pas un souverain qui écrase, ce n’est pas un puissant qui fait sentir sa force, c’est un serviteur qui vient servir, un serviteur qui vient s’humilier, jusqu’à livrer sa propre vie pour que vivent ceux qu’il aime. Les apôtres ne peuvent pas comprendre cela et il faudra que Jésus aille jusqu’au bout de son calvaire, de cette passion d’amour, d’obéissance et de souffrance, pour que les apôtres et les disciples comprennent et se laissent enfin retourner le cœur pour pouvoir suivre leur maître et leur seigneur, eux aussi, jusqu’au bout, se mettant simplement à sa suite pour marcher, posant un pas après l’autre, quel que soit l’âpreté du chemin. Pour suivre le Christ, il ne faut pas d’abord prendre la croix, il faut se laisser séduire par l’amour du Père. Nous avons entendu Jérémie (20, 7-9) qui parle dans le contexte de persécution qui lui est propre : "tu m’as séduit et j’ai été séduit".

Cette passion, c’est la passion d’amour du Père, c’est la passion de cet amour dévorant, cette passion qui va jusqu’au bout, qui donne tout et qui, une fois qu’elle saisit le cœur de l’homme, ne peut rien faire d’autre que de l’enflammer du même feu et le projeter sur ce chemin, sur cet exode, où s’abandonnant lui-même, il s’en va vers le Père pour partager la vie du Père. Ça ne veut pas dire pour se l’accaparer égoïstement mais pour la partager en la donnant, en la répandant généreusement comme Jésus a pu le faire. L’amour, vous le savez vous qui aimez, nous pousse hors de nous-mêmes, l’amour nous fait nous offrir tout entier. L’amour exige de nous ce don total, il fait de nous une offrande sacrée. L’amour nous pousse jusqu’au bout de nous-mêmes. Saint Paul dit (Romains 12,1-2) : "offrez votre corps". L’amour humain, nous le savons bien, va jusqu’au don du corps. L’amour de Dieu va aussi, d’une certaine manière, jusqu’au don du corps. Qu’a offert Jésus sur la croix si ce n’est son corps, sa personne tout entière ? Et pourquoi l’a-t-il offerte sur la croix, si ce n’est à cause de l’amour du Père, à cause de l’amour des hommes, ses frères.

Cet amour prend en Dieu tout son resplendissement. Permettez-moi de revenir encore — pardon de vous lasser, mais c’est promis c’est pour la dernière fois — à ce vitrail de la compassion du Père, du trône de gloire, qui orne le chœur de notre abbatiale de la Cambre. Le Père sur son trône de gloire offre le Fils ; le Fils qui meurt en croix ; et entre la bouche du Père et la bouche du Fils s’envole l’Esprit, descendant vers nous. Cette image de la Trinité est une image de l’amour qui nous saisit. Le Père aime éternellement, le Fils se laisse aimer, rend l’amour du Père, l’Esprit est cette circulation d’amour continuelle entre le Père et le Fils.

Permettez-moi d’ajouter une petite nuance à cette image. La Cambre possède trois sources. Il y a celle très évidente, que tout le monde voit : la mare aux canards, l’une des trois sources du Maelbeek. Il y en a une autre au pied du platane dans la cour d’honneur, fermée d’une trappe, que l’on voit seulement depuis les caves de l’Institut de géographie. Et il y en a une troisième que je n’ai personnellement jamais vue, qui se situe aux alentours de l’ancienne infirmerie de la Cambre, aujourd’hui le siège de l’École des arts visuels. Cela m’a toujours émerveillé. Il y a trois sources à la Cambre, comme il y a une trinité des Personnes dans ce Dieu qui est amour. Ces trois sources à la Cambre, comme partout dans l’Eglise, ne serait-ce pas la grâce, la miséricorde et la paix, les trois manifestations de l’amour qui vient du Père, qui se révèle en Jésus et qui se diffuse dans nos cœurs par l’Esprit ?

Dans cette église aussi, ces trois sources de grâce, de miséricorde et de paix sont constantes. Par la prière qui s’y vit, par les sacrements qui s’y célèbrent, par l’esprit de ce lieu qui a été tellement façonné par la prière des moniales qui y ont vécu. Au moment où nous partons, le P. Tanguy et moi, nous voudrions peut-être vous inviter à continuer à puiser constamment dans ces trois sources. Nous voudrions vous inviter à boire sans vous lasser à cette source de la grâce, à cette source de la miséricorde, à cette source de la paix. Et pour que la source ne tarisse pas, nous vous invitons aussi à donner ce que vous buvez : donner la grâce, donner la miséricorde, donner la paix. Vous qui avez été baptisés, greffés sur le Christ, vous qui êtes la plantation bien-aimée du Père, vous qui êtes la fleur de l’Esprit, devenez source de grâce, source de miséricorde, source de paix. Alors la vie de Dieu continuera à se répandre comme une eau bienfaisante. La vie de Dieu continuera à fleurir dans cette église, dans vos cœurs, dans vos vies, dans cette ville, dans la monde.

Message de remerciement, d’au revoir et d’encouragement aux paroissiens de la Cambre

Bien chers Frères et Sœurs,

Il y a 7 ans, nous vous avons prêté deux prêtres. Aujourd’hui, vous nous remettez deux pasteurs. Nous ne pourrons jamais assez rendre grâce et vous remercier pour ce magnifique cadeau ! Le Pape François a bien raison lorsqu’il dit que les vrais pasteurs portent l’odeur de leurs brebis parce qu’ils se tiennent au milieu d’elles en partageant leurs joies et leurs épreuves…

S’il est vrai que les prêtres ont une charge de sanctification, de gouvernance et d’enseignement à l’égard du Peuple de Dieu, il est tout aussi vrai que c’est d’abord le Peuple de Dieu qui rend les prêtres saints, les guide et les forme en leur apprenant à aimer et à servir.

Votre présence en nombre ici aujourd’hui manifeste la fécondité de la charité pastorale que les PP. Hugues et Tanguy ont pu exercer et déployer grâce à vous.
Sans vouloir céder à la prétention, je suis convaincu que ce que nos deux Frères ont vécu et construit ensemble avec vous ici, à la Cambre, durant ces 7 années, constitue une ébauche de ce que l’Eglise de Belgique pourrait devenir bien avant 30 ans. Mais pour cela, elle doit rester attentive et fidèle aux appels de l’Esprit-Saint.

Il faut qu’elle demeure une Eglise incarnée par un Peuple de chair, de cœur et d’âme, une Eglise préoccupée de Dieu et des hommes, une Eglise inclusive, familiale, aux multiples visages. Une Eglise qui dit la foi avec les mots de la foi et non en reprenant les bredouillis jargonnant de la mondanité. Une Eglise vivante, sans aucun rapport avec ces abstractions stériles et desséchantes que l’on passe son temps à fabriquer et entretenir dans les officines ecclésiastiques. Bref, une Eglise vraiment catholique.

Je prie, nous prions pour que tout ce qui été semé ici croisse encore sous la houlette de vos nouveaux pasteurs. Merci encore et au plaisir de vous revoir à Leffe où nous vous attendons avec impatience !

Fr. Benoît et la Communauté de Leffe

Photos

L’abbaye (7 photos)
Chandeleur 2015 (28 photos)
Saint-Norbert 2016 (28 photos)
Chandeleur 2017 (20 photos)
Dédicace 2017 (21 photos)

Contact

Vous pouvez nous contacter au 02 648 91 14 ou nous envoyer un message par le formulaire ci-dessous. Nous vous répondrons dans les meilleurs délais !

  • Contact